Quand commencer le traitement orthétique d'un maillet tendineux ?

Rédigé le 19/05/2026
Grégory Mesplié


Article source

Bastien J, Rouzaud S. When should splint treatment start for a tendinous mallet finger? A retrospective review of 319 fingers. Hand Surgery and Rehabilitation. 2021.

Objectif de l’étude

Cette étude rétrospective évalue l’influence du délai entre la survenue d’un doigt en maillet tendineux et le début du traitement par attelle sur les résultats cliniques.

L’objectif principal était de déterminer si une prise en charge précoce apporte de meilleurs résultats et, inversement, si les formes vues tardivement peuvent encore bénéficier efficacement d’un traitement conservateur par immobilisation.

Méthodologie

L’étude porte sur 319 doigts en maillet tendineux traités de manière conservatrice.

Le protocole reposait sur une immobilisation stricte de l’articulation interphalangienne distale (IPD) en extension pendant 8 semaines, à l’aide d’une orthèse thermoformée de type Stack.

Étaient notamment exclus :

  • les doigts en maillet avec composante fracturaire ;

  • les atteintes associées à une arthrose significative ;

  • les patients présentant une mauvaise observance du traitement ;

  • les atteintes du pouce.

Les résultats cliniques ont été classés selon les critères de Patel, en quatre catégories :

  • excellent ;

  • bon ;

  • moyen ;

  • mauvais.

Résultats principaux

Globalement, 91 % des patients obtiennent un résultat considéré comme excellent ou bon, confirmant l'efficacité du traitement conservateur du doigt en maillet tendineux.

Lorsque les patients sont répartis selon le délai de mise en place de l’attelle :

  • traitement débuté avant 20 jours : 86 % de résultats bons ou excellents ;

  • traitement débuté après 20 jours : 98 % de résultats bons ou excellents.

Cette différence est rapportée comme statistiquement significative.

Ces résultats sont particulièrement intéressants car ils ne montrent pas de dégradation des résultats lors d’une prise en charge tardive. Au contraire, dans cette cohorte, les patients traités après 20 jours présentent proportionnellement davantage de bons ou excellents résultats.

Cette observation ne permet cependant pas d’affirmer qu’il serait préférable de retarder volontairement le traitement : l’étude est rétrospective et plusieurs facteurs de confusion peuvent expliquer cette association.

Influence de l’inflammation locale

Les auteurs observent que certains signes cliniques présents au niveau dorsal de l’IPD sont associés à des résultats moins favorables, notamment :

  • rougeur ;

  • douleur ;

  • gonflement ;

  • signes inflammatoires locaux.

Ils évoquent ainsi l’hypothèse selon laquelle l’état inflammatoire aigu des tissus au moment de l’immobilisation pourrait influencer les conditions de cicatrisation de l’appareil extenseur.

Cette hypothèse pourrait contribuer à expliquer les résultats paradoxalement meilleurs observés chez certains patients traités plus tardivement, lorsque la phase inflammatoire initiale s’est atténuée.

Il s’agit toutefois d’une hypothèse physiopathologique et non de la démonstration d’un lien causal.

Intérêt du traitement dans les formes tardives

Un enseignement majeur de cette étude est que l’ancienneté de la lésion ne constitue pas, à elle seule, une contre-indication au traitement conservateur.

Les doigts en maillet pris en charge tardivement, y compris les formes évoluant depuis plus de quatre semaines, peuvent encore répondre favorablement à une immobilisation correctement conduite.

Ainsi, un traitement par orthèse peut rester pertinent malgré :

  • un retard diagnostique ;

  • une consultation tardive ;

  • ou une déformation déjà installée depuis plusieurs semaines.

La chronicité ne doit donc pas conduire systématiquement à abandonner une tentative de traitement orthopédique.

Intérêt d’une seconde période d’immobilisation

Chez certains patients dont le résultat était insuffisant après les 8 premières semaines d’immobilisation, les auteurs ont proposé une nouvelle période de traitement par attelle.

Cette prolongation a permis une amélioration clinique chez une proportion importante de ces patients.

Cela suggère qu’un résultat imparfait à 8 semaines ne doit pas nécessairement être considéré comme un échec définitif du traitement conservateur.

Une prolongation ou une nouvelle période d’immobilisation peut être discutée avant d’envisager d’autres stratégies thérapeutiques.

Conclusion

Cette étude portant sur 319 doigts en maillet tendineux confirme la forte efficacité globale du traitement conservateur par immobilisation stricte de l’IPD, avec 91 % de résultats bons ou excellents.

Elle apporte surtout trois messages cliniques importants :

  1. Une prise en charge tardive peut rester très efficace.
    Le délai écoulé depuis la lésion ne constitue donc pas, à lui seul, un argument pour renoncer au traitement orthopédique.

  2. Les signes inflammatoires locaux semblent associés à de moins bons résultats.
    Les auteurs évoquent un possible rôle de l’environnement inflammatoire dans la cicatrisation tendineuse, mais cette relation reste hypothétique.

  3. Une première période d’immobilisation insuffisante n’implique pas nécessairement un échec définitif.
    Une seconde période ou une prolongation du traitement peut encore permettre une amélioration.