Biomécanique du Dart-Throwing Motion (DTM)

Rédigé le 17/05/2026
Grégory Mesplié


Article source : Moritomo, H., et al. (2007). "2007 IFSSH committee report of wrist biomechanics committee: biomechanics of the so-called dart-throwing motion of the wrist." J Hand Surg Am 32(9): 1447-1453.

Cet article du comité de biomécanique du poignet de l’IFSSH propose une revue approfondie du « dart-throwing motion » (DTM), défini comme un mouvement oblique fonctionnel du poignet allant de l’extension radiale à la flexion ulnaire. Les auteurs analysent ce mouvement sous les angles anatomique, biomécanique, fonctionnel, anthropologique et clinique. 

Le DTM est présenté comme le plan fonctionnel principal du poignet dans les activités quotidiennes. Contrairement aux mouvements classiques étudiés dans les plans sagittal et frontal, la plupart des gestes physiologiques utilisent un mouvement oblique combinant :

  • extension + déviation radiale ;
  • flexion + déviation ulnaire. 

Les auteurs recommandent la terminologie :

  • « radial extension » ;
  • « ulnar flexion » ;
    plutôt que « radial deviation-extension » et « ulnar deviation-flexion ». 

L’article retrace ensuite l’évolution historique du concept. Dès le XIXe siècle, Henke, Corson et Fick avaient déjà observé que les mouvements du carpe ne s’effectuaient pas selon des axes strictement orthogonaux mais selon des axes obliques passant par le capitatum. 

Capener, en 1956, identifie clairement le DTM comme le plan physiologique principal du poignet utilisé dans les gestes de percussion et d’outillage. Il note également l’association entre :

  • extension radiale et légère pronation ;
  • flexion ulnaire et légère supination. 

Les auteurs soulignent que le DTM mobilise principalement l’articulation médio-carpienne plutôt que l’articulation radio-carpienne. Cette caractéristique expliquerait :

  • la stabilité du mouvement ;
  • sa fluidité ;
  • son efficacité fonctionnelle. 

Une large partie de l’article est consacrée aux facteurs anatomiques participant au DTM.

Facteurs articulaires

Le complexe scapho-trapézio-trapézoïdien (STT) joue un rôle central.
Le relief oblique de la surface distale du scaphoïde guide les mouvements du STT selon un axe proche du DTM. 

Le capitatum possède une géométrie asymétrique favorisant également un mouvement oblique plutôt qu’un mouvement strictement sagittal. 

Les auteurs décrivent également :

  • l’obliquité de la concavité scapho-lunaire ;
  • la configuration en « C » de l’articulation médio-carpienne ;
  • le rôle du triquetrum et de l’hamatum dans le guidage du mouvement. 

Facteurs ligamentaires

Les ligaments scapho-capital (SC) et STT sont décrits comme les principaux guides ligamentaires du DTM. Leur disposition agit comme des ligaments collatéraux d’une articulation monoaxiale oblique. 

À l’inverse :

  • l’articulation luno-capitale est peu contrainte ;
  • les ligaments triquetro-hamato-capitaux jouent surtout un rôle de limitation terminale du mouvement. 

Facteurs musculaires

Les principaux muscles moteurs du DTM sont :

  • le flexor carpi ulnaris ;
  • les extensor carpi radialis longus et brevis. 

Le mouvement est stabilisé dynamiquement par :

  • l’extensor carpi ulnaris ;
  • le flexor carpi radialis ;
    dont les trajets tendineux coïncident avec l’axe global du DTM. 

Facteurs proprioceptifs

Les auteurs rapportent que :

  • les ligaments STT et SC possèdent peu de mécanorécepteurs ;
  • les structures limitantes terminales du DTM sont richement innervées. 

Cela suggère que :

  • les ligaments STT et SC ont principalement un rôle mécanique ;
  • les structures capsulo-ligamentaires terminales jouent un rôle proprioceptif et de contrôle moteur.

L’article synthétise ensuite les principales études biomécaniques modernes utilisant :

  • électrogoniométrie ;
  • systèmes électromagnétiques ;
  • IRM 3D ;
  • techniques de registration volumique ;
  • cinématique in vivo tridimensionnelle. 

Ces travaux montrent que :

  • le DTM n’est pas identique entre les individus ;
  • son orientation varie généralement entre 30° et 45° par rapport au plan sagittal ;
  • il permet une amplitude plus importante qu’un mouvement pur de flexion-extension. 

Les études cinématiques démontrent surtout que le DTM réduit considérablement les mouvements du scaphoïde et du lunatum. 

Werner et collaborateurs montrent que :

  • le scaphoïde peut ne se déplacer que de 26 % du mouvement global ;
  • le lunatum environ 22 % ;
    lorsque le mouvement s’effectue dans certains plans obliques spécifiques. 

Crisco et collaborateurs identifient :

  • un plan d’environ 45° minimisant le mouvement scaphoïdien ;
  • un plan d’environ 30° minimisant le mouvement lunaire. 

Ces résultats suggèrent l’existence de plans de rééducation spécifiques permettant de conserver une mobilité fonctionnelle tout en limitant les contraintes radiocarpiennes. 

Les auteurs développent également une perspective anthropologique.
Le DTM est présenté comme un élément important de l’évolution humaine, lié :

  • au lancer ;
  • au maniement d’outils ;
  • aux mouvements de percussion ;
  • aux activités de clubbing. 

Le DTM permet :

  • une meilleure transmission d’énergie ;
  • une augmentation de la vitesse terminale ;
  • une amplification du bras de levier lors des gestes de frappe. 

Sur le plan clinique, les auteurs suggèrent que la préservation de la mobilité médio-carpienne est essentielle au maintien du DTM. 

Ils proposent que :

  • certaines arthrodèses radiocarpiennes pourraient préserver une fonction satisfaisante grâce au maintien du DTM ;
  • des protocoles de rééducation orientés dans le plan du DTM permettraient une mobilisation précoce avec limitation des contraintes sur le scaphoïde, le lunatum ou les ligaments scapho-lunaires. 

Enfin, les auteurs soulignent que le DTM doit être considéré comme un mouvement global du membre supérieur intégrant :

  • le poignet ;
  • la pronosupination ;
  • le coude ;
  • l’épaule. 

L’article conclut que :

  1. le DTM représente le plan fonctionnel principal du poignet ;
  2. il mobilise préférentiellement l’articulation médio-carpienne ;
  3. il minimise les mouvements scapho-lunaires ;
  4. il possède une importance biomécanique, fonctionnelle, évolutive et clinique majeure ;
  5. son orientation optimale varie selon les individus et les objectifs mécaniques recherchés.