Stabilité de l’articulation radio-ulnaire distale : rôle du carré pronateur

Rédigé le 11/05/2026
Grégory Mesplié


Article source : Mesplié G., Stabilité de l’articulation radio-ulnaire distale : rôle du carré pronateur, Kinésithérapie la Revue, 2007.

L’article de propose une relecture moderne du rôle du carré pronateur dans la stabilité de l’articulation radio-ulnaire distale (DRUJ). Traditionnellement considéré comme un simple muscle pronateur accessoire, il est ici présenté comme un stabilisateur actif essentiel, jouant un rôle bien plus important dans la coaptation articulaire que dans la pronation elle-même.

La DRUJ est une articulation peu congruente et fortement sollicitée lors des appuis, serrages, gestes balistiques ou activités sportives. Sa stabilité dépend à la fois des structures passives — principalement le TFCC, les ligaments radio-ulnaires et la membrane interosseuse — et d’un contrôle musculaire dynamique. Cependant, les structures passives montrent rapidement leurs limites lors des contraintes transversales et des efforts dynamiques.

Les muscles classiquement décrits comme stabilisateurs actifs (ECU, FCU…) possèdent surtout une orientation longitudinale, limitant leur efficacité contre les forces d’écartement radio-ulnaire. L’auteur met alors en avant le carré pronateur comme principal stabilisateur transversal de la DRUJ.

L’analyse anatomique montre que le carré pronateur est constitué de deux faisceaux : un faisceau superficiel plutôt mobilisateur et un faisceau profond, plus épais et oblique, possédant un fort potentiel stabilisateur. Ce faisceau profond fusionne partiellement avec la capsule de la DRUJ, suggérant une véritable continuité capsulo-musculaire. Des travaux expérimentaux montrent d’ailleurs qu’une section du carré pronateur entraîne une instabilité radio-ulnaire importante, même en l’absence de contraction musculaire.

Les analyses biomécaniques et électromyographiques renforcent cette hypothèse. Le faisceau profond reste actif durant toute la pronosupination, y compris en supination, traduisant une fonction tonique permanente. Son orientation lui confère une forte composante coaptatrice, permettant de lutter contre les contraintes d’écartement de la DRUJ. Son activité augmente également lors des serrages ou des situations de déstabilisation, en synergie avec les autres muscles stabilisateurs.

L’article développe alors le concept central de « ligament actif ». Grâce à sa proximité avec l’articulation, son activité réflexe et sa fonction coaptatrice, le carré pronateur participerait au verrouillage dynamique et anticipatoire de la DRUJ, notamment via des mécanismes de feedforward et de contrôle neuromusculaire.

Ces notions ont des implications importantes en rééducation. Le carré pronateur étant décrit comme un muscle tonique et peu corticalisé, le travail doit privilégier les stabilisations dynamiques, la proprioception, les co-contractions et les exercices fonctionnels reproduisant les contraintes réelles. La progression va d’un travail analytique vers des exercices globaux et sportifs, avec une attention particulière portée aux activités générant de fortes contraintes radio-ulnaires, comme le tennis.

 

Avis critique IA :

Article très intéressant sur le plan biomécanique. Il met en avant le carré pronateur comme stabilisateur actif de la DRUJ, au-delà de son rôle de pronateur. Le concept de « ligament actif » est pertinent cliniquement et cohérent avec les données anatomiques, EMG et biomécaniques.
Limite principale : il s’agit surtout d’un article narratif, basé sur des arguments anatomiques, expérimentaux et physiologiques, avec peu ou pas de validation clinique prospective.

Niveau d’évidence estimé :
Niveau 4 à 5
→ avis d’expert / revue narrative / extrapolation biomécanique.