Le pouce en maillet

Rédigé le 16/09/2026
Grégory Mesplié


Article source : Hirslund E, Patience C, Hang P, Dabbagh A, Szekeres M. Comparative Outcomes Between Surgical and Conservative Management of Mallet Thumb: A Systematic Review and Pooled Analysis. Hand (N Y). 2026 Feb;21(2):238-248. doi: 10.1177/15589447241291600. Epub 2024 Nov 13. PMID: 39538386; PMCID: PMC11562129.

Le pouce en maillet correspond à une lésion du tendon qui permet de redresser la dernière phalange du pouce. L’extrémité du pouce reste alors fléchie, avec une difficulté ou une impossibilité à la redresser activement. Deux situations principales peuvent se présenter :

  • Une lésion tendineuse, sans fracture associée.
  • Une avulsion osseuse, dans laquelle le tendon arrache un fragment de son insertion sur la dernière phalange.

Ces lésions sont rares : elles représenteraient environ 2 à 3 % de toutes les lésions en maillet, selon les auteurs. Cette rareté explique pourquoi les publications portent souvent sur un seul patient ou sur de petites séries.

Les auteurs ont rassemblé 23 études, soit 103 pouces traités : 51 par chirurgie et 52 par traitement conservateur. Ils ont comparé les mouvements obtenus après traitement, les complications, la force et, lorsque ces données existaient, les difficultés ressenties par les patients.

Les traitements regroupés dans l’article sont très différents les uns des autres. Le traitement conservateur repose sur une immobilisation, avec plusieurs types d’attelles et des durées variables. La phase initiale d’immobilisation continue allait de deux à huit semaines, six semaines étant la durée la plus fréquente. Certaines équipes ajoutaient ensuite une période de port nocturne. Cela décrit les pratiques étudiées : l’article ne démontre pas quelle durée est la meilleure.

La chirurgie était également variée : réparation du tendon, fixation du fragment osseux par broches, vis ou plaque, parfois avec immobilisation temporaire de l’articulation par une broche. L’étude compare donc deux grandes familles de traitements, chacune regroupant plusieurs techniques.

Les résultats principaux peuvent se lire ainsi :

Élément évalué Résultat observé Ce que cela signifie
Flexion du pouce Moyenne de 74,2° après traitement conservateur, contre 58,4° après chirurgie Les pouces traités sans opération se pliaient davantage au dernier contrôle
Extension du pouce Davantage d’hyperextension après chirurgie Les pouces opérés allaient davantage au-delà de la position droite ; cela ne prouve pas une meilleure fonction
Limitation importante de flexion Environ 8 % après traitement conservateur, contre 31 % après chirurgie, parmi les cas évaluables Une flexion réduite était plus souvent observée après chirurgie
Complications Globalement moins rapportées après traitement conservateur La tendance favorise l’attelle, mais les chiffres sont peu robustes
Force et gêne dans la vie quotidienne Données insuffisantes pour comparer les groupes On ne peut pas déterminer quel traitement permet la meilleure utilisation réelle du pouce

Le résultat le plus intéressant concerne la flexion. Les auteurs soulignent qu’il ne suffit pas de retrouver un pouce bien redressé : il faut aussi pouvoir le plier pour les gestes de préhension. Une correction de l’extension accompagnée d’une raideur importante peut donc laisser une gêne.

Cependant, l’étude ne démontre pas directement que les patients ayant davantage de flexion utilisent mieux leur main. Pour le prouver, il aurait fallu comparer leur force, leur douleur, leur dextérité, leur reprise des activités et leur satisfaction. Or ces informations manquent surtout dans le groupe conservateur.

Les complications demandent une lecture prudente. Après chirurgie, les auteurs rapportent notamment des infections, des déformations de l’ongle, des problèmes de cicatrisation, des douleurs et des complications liées au matériel. Neuf pouces opérés sur 51 présentaient au moins une complication rapportée, soit 17,6 %.

Pour le traitement conservateur, l’article donne deux chiffres différents : 2,4 % dans la section des résultats et 11,5 % dans la discussion, avec des comptages et des dénominateurs différents, insuffisamment expliqués. Il est donc raisonnable de retenir une tendance à moins de complications, mais pas un avantage chiffré avec précision.

Plusieurs limites expliquent pourquoi ces résultats ne permettent pas de trancher :

  • Les lésions ne sont pas comparables au départ. Les avulsions osseuses étaient plus fréquentes dans le groupe opéré. Certaines lésions pouvaient aussi être plus déplacées ou moins stables. Une récupération moins bonne après chirurgie peut donc être liée à la gravité initiale, et pas uniquement à l’opération.
  • Beaucoup de mesures manquent. La moyenne de flexion repose sur 39 pouces opérés et seulement 24 pouces traités conservativement, alors que les groupes comptaient respectivement 51 et 52 pouces.
  • Certaines amplitudes ont été estimées. Quand une publication indiquait simplement une « flexion complète », les auteurs lui attribuaient une valeur de référence de 80°. Une partie des moyennes repose donc sur une interprétation de descriptions qualitatives.
  • Les délais de suivi et la rééducation varient. Une amplitude mesurée quelques semaines après le traitement n’est pas forcément comparable à celle mesurée plusieurs mois ou années après.
  • Les études sont de faible qualité dans l’ensemble. Selon l’évaluation des auteurs, 17 études étaient de faible qualité et six de qualité modérée.

Un point mérite particulièrement d’être retenu : aucun questionnaire évaluant les difficultés ressenties par les patients n’était disponible dans le groupe conservateur. De même, aucune mesure de force n’était rapportée dans ce groupe. L’article renseigne donc mieux les mouvements de l’articulation que le résultat vécu au quotidien.

Pour la pratique, cette revue renforce l’intérêt de considérer le traitement conservateur lorsque les caractéristiques de la lésion le permettent. Elle ne justifie pas de traiter systématiquement tous les pouces en maillet par attelle. Les situations présentant une instabilité, une subluxation ou certaines fractures articulaires demandent une appréciation spécifique ; l’article ne permet pas de fixer un seuil opératoire universel.

Elle rappelle également que la rééducation et les modalités d’immobilisation font partie du résultat thérapeutique. Une différence de mobilité ne peut pas être attribuée au seul geste chirurgical si les durées d’immobilisation et la progression des exercices diffèrent.