Stabilité de l’articulation radio-ulnaire distale : rôle du carré pronateur

Rédigé le 11/05/2026
Grégory Mesplié


Article source : Mesplié G., Stabilité de l’articulation radio-ulnaire distale : rôle du carré pronateur, Kinésithérapie la Revue 2007.

1. Introduction générale


Cet article propose une relecture extrêmement moderne du rôle du carré pronateur dans la stabilité de l’articulation radio-ulnaire distale (DRUJ).

Traditionnellement, le carré pronateur est décrit comme :
• un muscle pronateur de l’avant-bras ;
• accessoire au rond pronateur ;
• peu important fonctionnellement.

L’article démontre au contraire que :
• sa fonction stabilisatrice est probablement prépondérante ;
• et que son rôle biomécanique dépasse largement la simple pronation.

L’auteur développe une vision très contemporaine :
• de la stabilité active ;
• du verrouillage articulaire ;
• du contrôle neuromusculaire ;
• et de la coaptation dynamique.

Le carré pronateur est ainsi décrit comme :
• un stabilisateur transversal ;
• un véritable « ligament actif » ;
• participant au verrouillage automatique de la DRUJ.
 

2. Biomécanique générale de la DRUJ


La radio-ulnaire distale est une articulation :
• peu congruente ;
• peu concordante ;
• soumise à des contraintes importantes de cisaillement.

Lors des :
• appuis ;
• serrages ;
• gestes balistiques ;
• activités sportives ;

la DRUJ subit :
• des contraintes longitudinales ;
• mais également des contraintes transversales d’écartement.

Cette architecture osseuse peu stable impose :
• un système passif performant ;
• et un système actif stabilisateur.

Les auteurs rappellent que :
la stabilité ne dépend jamais uniquement :
• des surfaces articulaires ;
• ni des ligaments.

Elle dépend également :
• du contrôle musculaire ;
• de la coaptation dynamique ;
• et du contrôle proprioceptif.
 

3. Stabilisation passive de la DRUJ


Le principal stabilisateur passif est le TFCC (triangular fibrocartilage complex).

Le TFCC :
• absorbe les contraintes longitudinales ;
• limite la pronosupination ;
• et s’oppose à l’écartement radio-ulnaire.

La membrane interosseuse joue également un rôle majeur :
• en tension permanente pendant la pronosupination ;
• avec tension maximale en position intermédiaire.

Elle permet :
• une répartition des charges axiales ;
• entre radius et ulna.

Les ligaments radio-ulnaires sont décrits :
• soit comme de simples épaississements capsulaires ;
• soit comme de véritables stabilisateurs.

Cependant :
ces éléments passifs présentent des limites importantes :
• notamment lors des contraintes dynamiques ;
• et des efforts transversaux.
 

4. Stabilisation active classique


Les muscles traditionnellement décrits comme stabilisateurs actifs sont :
• l’extenseur ulnaire du carpe (ECU) ;
• le fléchisseur ulnaire du carpe (FCU) ;
• l’extenseur propre du 5e doigt.

L’ECU possède un rôle particulièrement important :
• lutte contre la subluxation dorsale de la tête ulnaire ;
• participe à la tension du rétinaculum des extenseurs ;
• reste actif même lors de la flexion du poignet.

Le FCU :
• participe également à la tension du rétinaculum ;
• et au verrouillage ulnaire.

Cependant :
l’orientation longitudinale de ces muscles limite :
• leur capacité à contrôler efficacement les contraintes transversales.

L’auteur introduit alors l’idée centrale :
le carré pronateur pourrait représenter :
• le maillon transversal du système actif stabilisateur.
 

5. Anatomie fonctionnelle du carré pronateur


Le carré pronateur est :
• un muscle plat ;
• court ;
• charnu ;
• profond ;
• appliqué contre la membrane interosseuse.

Les dissections décrites dans l’article montrent :
• une aponévrose propre ;
• et surtout une organisation en deux faisceaux distincts.

Faisceau superficiel :
• fibres transversales ;
• comportement de muscle plat.

Faisceau profond :
• fibres obliques en bas et en dehors ;
• deux fois plus épais ;
• architecture pennée ;
• potentiel stabilisateur beaucoup plus important.

L’article souligne plusieurs éléments fondamentaux :
• le muscle est plus épais distalement ;
• plus épais en profondeur ;
• et fusionne avec la capsule radio-ulnaire distale.

Cette continuité anatomique est essentielle.

Elle suggère :
• une véritable intégration capsulo-musculaire ;
• et une transmission directe des contraintes stabilisatrices.

Les auteurs citent les travaux de Palmer et Werner montrant que :
la section du carré pronateur provoque :
• une instabilité frontale importante ;
• et une instabilité sagittale non négligeable.

Ces résultats sont obtenus :
• sur pièces cadavériques ;
• donc sans contraction musculaire active.

L’impact stabilisateur réel in vivo est donc probablement encore plus important.
 

6. Analyse biomécanique et cinésiologique


L’article utilise l’analyse vectorielle des composantes de force selon Varignan.

Plus l’angle d’attaque d’un muscle :
• est proche de 90° ;
plus :
• son action mobilisatrice augmente ;
• et son action stabilisatrice diminue.

À 45° :
• les composantes stabilisatrices et mobilisatrices deviennent équivalentes.

L’analyse du carré pronateur montre :
• que l’angle d’attaque diminue de la pronation vers la supination ;
• et des fibres superficielles vers les fibres profondes.

Les fibres profondes deviennent presque perpendiculaires :
• au segment osseux ;
• notamment en supination.

Cette organisation donne :
• une composante coaptatrice très importante.

La conclusion biomécanique majeure est donc :
que l’action dominante du carré pronateur est :
• la coaptation ;
• bien plus que la pronation.

Cette idée est extrêmement moderne car :
elle replace :
• la stabilité ;
• avant la mobilité.
 

7. Analyse électromyographique


Les études électromyographiques montrent :
• une activité très différente des deux faisceaux.

Le faisceau superficiel :
• est principalement actif pendant la pronation.

Le faisceau profond :
• reste actif tout au long de la pronosupination ;
• y compris en supination.

Cette activité permanente :
• suggère une fonction tonique ;
• et une fonction stabilisatrice continue.

Les auteurs montrent également que :
la contraction du carré pronateur augmente :
• lors des serrages ;
• des contraintes transversales ;
• et des situations de déstabilisation.

Le muscle agit alors :
• contre les contraintes d’écartement de la DRUJ ;
• en synergie avec les stabilisateurs longitudinaux.

Un point particulièrement intéressant concerne :
la synergie avec le court abducteur du pouce.

Les études EMG montrent que :
la contraction du court abducteur :
• facilite ;
• et augmente ;
le recrutement moteur du carré pronateur.

Cette notion d’irradiation motrice possède :
• des implications thérapeutiques majeures.
 

8. Le concept de “ligament actif”


L’un des concepts les plus importants de l’article est :
la description du carré pronateur comme :
• un « ligament actif ».

Cette notion repose sur plusieurs arguments :
• situation anatomique proche du centre articulaire ;
• activité tonique permanente ;
• rôle coaptateur ;
• continuité capsulaire ;
• activation réflexe.

Le muscle pourrait :
• verrouiller la DRUJ ;
• avant même le traumatisme ;
• via des mécanismes de feedforward.

Cette vision rejoint :
• les modèles modernes de contrôle moteur ;
• de stabilité dynamique ;
• et d’anticipation neuromusculaire.

La stabilité articulaire devient alors :
• un phénomène actif ;
• automatique ;
• réflexe ;
• et non purement ligamentaire.
 

9. Pathomécanique des instabilités


Le verrou distal radio-ulnaire est fréquemment fragilisé :
• après fracture du radius ;
• modification de l’index radio-ulnaire ;
• fracture de Galeazzi ;
• lésions du TFCC ;
• interventions de Darrach ;
• hémirésection de la tête ulnaire.

Dans ces situations :
la stabilité passive devient insuffisante.

Les muscles stabilisateurs doivent alors compenser :
• l’insuffisance capsulo-ligamentaire ;
• et maintenir la cohésion articulaire.

L’auteur insiste particulièrement :
sur les instabilités dorsales de la tête ulnaire.

Ces instabilités sont :
• les plus fréquentes ;
• et biomécaniquement très contraignantes.
 

10. Conséquences modernes en rééducation


L’article possède une portée clinique majeure.

Le carré pronateur est décrit comme :
• un muscle tonique ;
• peu corticalisé ;
• fonctionnant surtout :
    – en automatique ;
    – et en réflexe.

Cela modifie totalement :
• les stratégies de renforcement.

Les techniques privilégiées sont :
• travail statique ;
• stabilisations rythmiques ;
• feedforward ;
• feedback ;
• proprioception ;
• co-contractions.

Le travail doit reproduire :
• les contraintes fonctionnelles réelles ;
• et les situations de déstabilisation.

L’auteur propose :
• contraction-déstabilisation ;
• déstabilisation-réaction ;
• travail proprioceptif ;
• travail électroactif.

Le travail avec :
• le court abducteur du pouce ;
• améliore le recrutement du carré pronateur ;
• grâce aux phénomènes d’irradiation motrice.

Le renforcement progresse :
• d’analytique ;
• vers global ;
• puis vers fonctionnel.
 

11. Rééducation sportive et chaîne cinétique


L’article applique ensuite ces concepts :
à la rééducation sportive.

L’exemple du tennis est particulièrement intéressant.

Le coup droit associe :
• geste balistique ;
• chaîne série ;
• flexion ;
• inclinaison radiale ;
• pronation ;
• serrage important du manche.

Ces éléments augmentent fortement :
• les contraintes sur la DRUJ.

Le carré pronateur doit alors :
• stabiliser ;
• anticiper ;
• coapter ;
• et contrôler les contraintes dynamiques.

La rééducation doit donc intégrer :
• travail balistique ;
• chaînes de Kabat ;
• contrôle neuromusculaire ;
• et automatisation réflexe.

Cette approche est très moderne :
car elle dépasse :
• le simple renforcement musculaire analytique.
 

12. Analyse critique scientifique


Cet article est particulièrement intéressant :
car il associe :
• anatomie ;
• biomécanique ;
• EMG ;
• et applications cliniques.

Le concept de « ligament actif » est :
• extrêmement pertinent ;
• cohérent biomécaniquement ;
• et très moderne.

L’article anticipe :
• les modèles contemporains de stabilité dynamique ;
• et de contrôle sensorimoteur.

Ses limites résident principalement :
• dans le faible niveau de preuve clinique ;
• l’absence d’études prospectives ;
• et le caractère essentiellement narratif.

Cependant :
la cohérence physiologique globale est excellente.
 

13. Conclusion


Cet article constitue une contribution majeure :
à la compréhension moderne de la stabilité radio-ulnaire distale.

Le carré pronateur apparaît désormais :
• non comme un simple pronateur ;
• mais comme un stabilisateur actif essentiel.

Les arguments :
• anatomiques ;
• biomécaniques ;
• électromyographiques ;
• et cliniques ;

convergent vers :
• un rôle coaptateur majeur ;
• une fonction tonique permanente ;
• et une participation fondamentale :
    – au verrouillage actif ;
    – à l’anticipation motrice ;
    – et au contrôle dynamique de la DRUJ.

Cette vision modifie profondément :
• la compréhension biomécanique ;
• les stratégies chirurgicales ;
• et surtout les approches rééducatives modernes.